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Introduction — Pourquoi est-il difficile de parler de transition énergétique au Cameroun ?
La transition énergétique occupe une place croissante dans les débats internationaux. Elle est présentée comme une réponse aux changements climatiques, à la pollution et à la nécessité de construire des systèmes énergétiques plus durables.
Mais comment en parler au Cameroun lorsque des familles subissent régulièrement des coupures d’électricité, que des entreprises peinent à produire et que des citoyens s’interrogent sur les résultats des investissements énergétiques ?
Le paradoxe est frappant : notre pays possède d’importantes ressources hydroélectriques et produit déjà une grande partie de son électricité à partir d’une source renouvelable. Pour beaucoup de Camerounais, la priorité immédiate n’est donc pas de changer de source d’énergie, mais de bénéficier d’un service fiable et abordable.
C’est là que se situe le véritable défi communicationnel. Pour le relever, il faut partir des préoccupations quotidiennes, expliquer les enjeux du développement durable et montrer comment la transition énergétique peut devenir une occasion d’améliorer les conditions de vie, de développer des compétences et d’entreprendre.
1. Le paradoxe énergétique camerounais : une difficulté pour la communication
Dans plusieurs pays industrialisés, la transition énergétique est souvent présentée comme le remplacement progressif des énergies fossiles par des sources renouvelables.
Au Cameroun, la situation est différente. L’hydroélectricité occupe déjà une place importante dans la production électrique nationale. Pourtant, les coupures d’électricité et les difficultés d’accès à une énergie fiable restent des préoccupations majeures.
Les investissements dans les barrages de Memve’ele, Lom Pangar et Nachtigal ont renforcé les capacités du système électrique. Mais les contraintes de transport et de distribution continuent de limiter les bénéfices ressentis par certaines populations.
D’autres situations peuvent nourrir les interrogations. Dans le département du Noun, un diagnostic territorial publié en 2024 reprend des données de 2015 signalant six sites photovoltaïques alors non fonctionnels, représentant une puissance annoncée cumulée de 460 kW. Ces données historiques ne permettent pas de déterminer leur état actuel.
À Fotetsa-Nzideng, dans la Menoua, un projet hybride hydroélectrique et photovoltaïque connaissait encore des retards selon un reportage de mars 2026.
Ces exemples ne signifient pas que les investissements énergétiques sont inutiles. Ils illustrent plutôt pourquoi certaines populations peuvent accueillir avec scepticisme de nouveaux discours sur l’énergie.
Comment faire comprendre la transition énergétique aux Camerounais alors que leur électricité est déjà largement d’origine renouvelable, mais reste peu fiable et difficilement accessible pour beaucoup ?
La réponse consiste à reconnaître ses difficultés, sans confondre la transition énergétique avec la seule électrification.
Améliorer l’accès à l’électricité est essentiel, mais la transition énergétique concerne également nos façons d’utiliser les ressources et de satisfaire durablement nos besoins énergétiques. C’est pourquoi il devient nécessaire d’élargir la réflexion au développement durable.
2. Le développement durable : une porte d’entrée pour comprendre la transition énergétique
Le développement durable consiste à répondre aux besoins des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs.
Cette définition rappelle que la Terre constitue un patrimoine commun. Les forêts, les cours d’eau, les terres agricoles et les écosystèmes rendent possibles nos activités économiques et contribuent à notre bien-être. Leur préservation engage notre responsabilité envers les générations futures.
Le développement durable cherche à concilier trois exigences : le progrès économique, le bien-être social et la protection de l’environnement.
Mais pourquoi utiliser cette notion comme porte d’entrée pour parler d’énergie ?
Parce qu’elle permet d’aborder des préoccupations que chacun comprend : préserver sa santé, réduire les gaspillages, améliorer ses revenus, protéger son environnement et préparer l’avenir de ses enfants. Elle permet ainsi de dépasser les débats purement techniques sur les centrales électriques et les équipements.
La transition énergétique s’inscrit dans cette perspective. Elle consiste à faire évoluer les façons de produire, de transporter, de distribuer et de consommer l’énergie afin de réduire leurs impacts environnementaux, d’améliorer leur efficacité et de rendre les services énergétiques plus durables et accessibles.
Elle concerne donc l’électricité, mais aussi la cuisson, les combustibles, les transports et la valorisation énergétique de certaines ressources.
Le développement durable donne un sens collectif à la transition énergétique : il explique pourquoi nous devons apprendre à produire et à consommer autrement.
3. Communiquer autrement pour une transition énergétique juste
Les difficultés du secteur électrique ne font pas disparaître les enjeux environnementaux. Le changement climatique, la pollution et la dégradation des ressources naturelles affectent également les conditions de vie des populations.
La communication doit donc dépasser les discours techniques et les appels généraux à protéger la planète. Elle doit commencer par des questions concrètes.
Comment une petite entreprise peut-elle réduire les pertes provoquées par les coupures d’électricité ? Comment une famille peut-elle cuisiner avec moins de fumée et de combustible ? Comment un marché peut-il mieux gérer ses déchets organiques ?
Ces préoccupations permettent de relier la transition énergétique aux réalités quotidiennes. Elles ouvrent également la voie à un dialogue sur les solutions possibles, leurs coûts, leurs avantages et leurs limites.
Une transition énergétique juste doit permettre au plus grand nombre de bénéficier des nouvelles possibilités. Elle suppose des équipements adaptés, des compétences professionnelles, des services de maintenance et des mécanismes de financement accessibles.
Les femmes, les jeunes et les populations rurales doivent pouvoir participer aux formations, aux décisions et aux activités économiques qui en découlent.
La communication ne doit donc pas seulement transmettre des informations. Elle doit aider les populations à comprendre les enjeux, à examiner les solutions et à participer à leur mise en œuvre.
Il faut passer d’une communication qui annonce la transition énergétique à une communication qui donne aux populations les moyens de se l’approprier.
4. La transition énergétique : des opportunités entrepreneuriales pour le Cameroun
La transition énergétique ne représente pas uniquement une responsabilité environnementale. Elle peut également ouvrir de nouvelles perspectives économiques.
Mais ces opportunités ne deviennent pas automatiquement des entreprises rentables. Elles exigent une connaissance du marché, des compétences, des équipements fiables et des solutions de financement adaptées.
Maintenance photovoltaïque et solutions hybrides
Une petite entreprise confrontée aux coupures d’électricité peut rechercher une solution combinant réseau, panneaux solaires et batteries.
Un professionnel qualifié peut analyser ses besoins, évaluer ses pertes, dimensionner une installation et assurer son entretien. De même, un technicien peut développer une activité de diagnostic, de réparation et de maintenance d’équipements photovoltaïques existants.
Dans ces situations, l’opportunité entrepreneuriale ne réside pas seulement dans la vente de matériel, mais aussi dans la qualité du service rendu.
Biogaz et valorisation des déchets organiques
Dans les villes camerounaises, les déchets qui s’accumulent le long des rues et autour des marchés constituent un problème de salubrité publique.
Pourtant, une partie des déchets organiques biodégradables peut être valorisée par méthanisation afin de produire du biogaz utilisable notamment pour la cuisson.
Cette perspective peut favoriser des activités de collecte, de tri, de traitement et de maintenance des installations.
Cependant, la production de biogaz ne consiste pas à transformer indistinctement toutes les ordures en énergie. Elle exige une collecte organisée, un tri approprié, des équipements adaptés, une exploitation rigoureuse et des débouchés économiques identifiés.
Les collectivités territoriales, les marchés et les entrepreneurs pourraient explorer ensemble de telles initiatives.
Cuisson propre et efficacité énergétique
La transition énergétique concerne aussi les façons de cuisiner et de consommer les combustibles.
La conception, la fabrication, la distribution et l’entretien de foyers améliorés ou d’autres équipements de cuisson propre peuvent constituer des pistes entrepreneuriales.
Ces solutions doivent être évaluées selon leur efficacité, leur sécurité, leur coût et leur acceptabilité par les utilisateurs.
Pour développer ces activités, les entrepreneurs peuvent étudier des mécanismes tels que les commandes groupées, les paiements échelonnés ou les partenariats commerciaux, en tenant compte de la solvabilité des clients et des risques financiers.
À l’image de la trajectoire de l’Inde dans les services informatiques, qui montre comment une évolution technologique mondiale peut favoriser le développement de compétences et d’entreprises, le Cameroun pourrait chercher à valoriser ses compétences techniques pour saisir les opportunités offertes par la transition énergétique.
L’entrepreneuriat peut ainsi devenir un moteur d’appropriation de la transition énergétique : lorsqu’une personne découvre un besoin auquel elle peut répondre, elle trouve une raison concrète de s’intéresser à cette transformation et d’y participer.
5. De la sensibilisation à l’action : l’engagement d’EOSA
Comprendre les enjeux constitue une première étape. Pour agir durablement, il faut développer des compétences permettant de résoudre des problèmes réels.
L’Approche par les Compétences (APC) offre une démarche adaptée. Elle organise les apprentissages autour de situations professionnelles concrètes : analyser les besoins d’un utilisateur, diagnostiquer une installation, comparer des solutions, évaluer les coûts ou organiser un service de maintenance.
Elle contribue également à promouvoir la qualité, la sécurité et la fiabilité des prestations techniques.
L’ENSET OLD STUDENTS ASSOCIATION (EOSA) souhaite participer à cette dynamique en mobilisant les compétences de son réseau d’anciens élèves et étudiants de l’enseignement technique et professionnel.
Dans le cadre de sa participation au projet UBa-Green-JET, porté par l’Université de Bamenda, et aux activités soutenues par Impulsouth II, EOSA contribue aux investigations sectorielles, à l’analyse des besoins de formation et à l’identification de possibilités de micro-projets.
En complément, l’initiative « Notre premier voyage entrepreneurial » propose d’apprendre l’entrepreneuriat à travers une opération économique réelle : explorer les besoins, étudier le marché, construire une offre, mobiliser des partenaires, tester et entreprendre.
L’ambition est de relier la sensibilisation, les compétences professionnelles et la création de valeur économique.
Comprendre les enjeux, développer les compétences et entreprendre : trois démarches complémentaires pour contribuer à une transition énergétique juste.
Conclusion — Comprendre pour agir
Au Cameroun, parler de transition énergétique reste difficile lorsque les populations attendent encore une énergie fiable et abordable. Mais cette difficulté constitue précisément une invitation à communiquer autrement.
En partant du développement durable, nous pouvons relier les préoccupations quotidiennes à la préservation des ressources et à notre responsabilité envers les générations futures.
En présentant les opportunités entrepreneuriales, nous pouvons montrer que cette transformation concerne aussi les compétences, l’innovation et les initiatives économiques locales.
Comprendre le développement durable pour donner du sens à la transition énergétique. Comprendre la transition énergétique pour identifier les opportunités. Développer les compétences pour agir et entreprendre.
Telle est la perspective que souhaite promouvoir EOSA.
Et vous, dans votre quartier, votre établissement ou votre entreprise, quel problème énergétique ou environnemental pourrait devenir le point de départ d’une solution collective ou d’une initiative entrepreneuriale ?
Nous vous invitons à partager vos expériences et vos propositions.
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Maurice DJIONGO
Président de l’ENSET OLD STUDENTS ASSOCIATION (EOSA)
Expert en Approche par les Compétences (APC)
Auteur de l’article n° 01 de la série éditoriale EOSA « COMPRENDRE POUR AGIR ».
Références documentaires
- Commission mondiale sur l’environnement et le développement, Notre avenir à tous, 1987.
- Organisation internationale du Travail, Principes directeurs pour une transition juste vers des économies et des sociétés écologiquement durables pour tous, adoptés en 2015, publication française de 2016.
- Banque mondiale, Cameroon Economic Update, 2025.
- MINEPAT, Diagnostic du SRADDT de l’Ouest, publication 2024, tableau 4.10, données MINEE 2015.
- Sivale Média, reportage du 13 mars 2026 sur Fotetsa-Nzideng.
